Le sergent Michel Pessonneaux, véritable « trissu parpaillot », termine en beauté sa carrière de pompier avec les médailles du Sénat et de l'Assemblée nationale. Ils étaient tous là dimanche matin. Les anciens qui, avec lui, ont débuté leur carrière à l'époque ou la caserne des pompiers se trouvait à la mairie de Montbéliard. Les officiers et collègues, avec lesquels il a travaillé pendant quarante ans. Une paye. Les « petits jeunes », qui ont endossé il y a peu l'uniforme. Tous là, pour saluer le départ à la retraite de l'un des leurs. Michel Pessonneaux tire sa révérence. Le sergent, amateur de boule lyonnaise, de football et d'informatique, remise définitivement son cuir, son casque et ses bottes au vestiaire. « Pinpin » comme ses copains le surnomment, ne « décalera » plus à l'appel de la sirène. « On ne s'en va pas au bout de quarante ans sans que ça fasse mal quelque part. Oui ça fait mal. Ça pince au coeur. Ça chamboule là-dedans parce que je laisse derrière moi les copains. Les pompiers, c'est une grande famille ».
Pour la vie
Ça fait mal, aussi et surtout, parce que l'homme qui est entré au corps de sapeurs-pompiers de Montbéliard comme volontaire le 1e r septembre 1964, a voué sa vie professionnelle au service des autres. En quatre décennies, comme l'a souligné le capitaine Touraisin, il en a combattu des feux, secouru des victimes d'accidents de la circulation. Ça se calcule en milliers d'interventions. « Mon premier feu, il reste gravé dans ma mémoire. Un incendie au magasin de vêtements Teddy rue Clémenceau à Montbéliard ». Pèle mêle, le sergent Michel Pessonneaux évoque les feux au château de Belvoir, à la droguerie Gauthier de la rue des Febvres, à la Locomotive de Grand-Charmont, à la menuiserie Montornès à Colombier-Châtelot, au temple Saint-Georges, « impressionnant celui-là ». Il se souvient des inondations qui ont fait « courir les secours de jour comme de nuit », des tempêtes et des tragédies de la route. « Jamais, je n'ai pensé raccrocher. Une fois que tu es dedans, c'est pour la vie. Chez les pompiers, tu es tenu par l'amitié ».
Arrêtez, vous allez le faire pleurer
L'amitié qui s'est chaudement exprimée hier matin pour le départ en retraite de « l' ami Pinpin », qui a croisé huit chefs de corps, connu toutes les casernes. A la mairie d'abord. Au faubourg ensuite. Au Pied des Gouttes enfin. Il a vécu la modernisation des secours et traversé les réformes. Nommé pompier permanent en 1972, professionnel à l'hiver 1993. A ses débuts, quand il s'est engagé chez les pompiers « avec les copains du quartier de la rue Jacques Foillet », il n'y avait qu'un appareil respiratoire pour une quarantaine de soldats du feu. Les secours affrontaient la fumée avec un foulard humide plaqué sur la bouche. En ce temps-là, il n'y avait pas d'uniforme sur mesure. Bien souvent, les vêtements étaient trop grands, mal ajustés. « Je me plaignais à Jean-Paul, chargé du matériel. Il me répondait « ta mère, elle sait coudre ». Et basta. Les anciens m'ont appris le travail. Ça marchait à coups de pied aux fesses… » Les temps ont changé. Les souvenirs demeurent. Michel Pessonneaux a d'ailleurs une pensée émue pour les copains qui ne sont plus. « Je pars sur mes deux jambes contrairement à quatre de mes camarades. Christian et Daniel sont morts en service commandé. Noël et Jean emportés par la maladie. Je pense aussi à Joseph décédé il y a peu ». Michel Pessonneaux, médaillé d'argent, de vermeil et d'or, ne secourra plus personne en ravin ou sur les routes. Pour autant, son coeur continuera à vibrer pour les pompiers. D'autant qu'il a transmis le flambeau à deux de ses trois enfants, Christophe et Mickaël. Dorénavant, Marie-Jeanne, son épouse, pourra dormir tranquille : « Au début, c'est difficile. Surtout la nuit. On craint toujours l'accident lors d'une intervention. A force, on s'habitue… ». Les risques du métier, le sénateur Louis Souvet et le député Marcel Bonnot n'ont pas manqué hier de les évoquer. Les secours revendiquent avec force que leur profession soit reconnue dangereuse. Des revendications qui seraient « sur le chemin de l'aboutissement ». Sénateur et député n'ont d'ailleurs pas lésiné sur les récompenses hier. Louis Souvet a remis à Michel Pessonneaux la médaille du Sénat, Marcel Bonnot celle de l'Assemblée nationale. « Je suis touché. J'en tremble, avoue le jeune retraité. Arrêtez, vous allez me faire pleurer ».